Maine-et-Loire, le magazine de votre département - 45 : Septembre-Octobre 2017

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P_Prisme_Coindet_HD_FTrichet.jpg « Prismes », une des œuvres de Delphine Coindet qui sera exposée dans la collégiale Saint‑Martin.

Delphine Coindet

Delphine Coindet est une artiste contemporaine française née en 1969 à Albertville. Son oeuvre s'inspire des affinités entre la sculpture, l'architecture, le design et la performance. Au début des années 1990, l’artiste modélise des formes en 3D sur ordinateur avant qu’elles ne soient réalisées par des artisans spécialisés. Au fil du temps, son travail s’hybride et intègre peu à peu objets trouvés et collages impulsifs, vers un système « assemblagiste » dans une réflexion sans cesse liée à l’espace et son organisation. Elle a parcouru la France et la Suisse au gré de ses expositions, et a séjourné à la Villa Médicis, à Rome, en 2011‑2012.

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Interview

Sculpture(s) de choix

Du 16 septembre au 7 janvier, Delphine Coindet présente son « choix de sculpture » à la collégiale Saint‑Martin, à Angers : un mélange subtil de ses créations et d’œuvres issues des collections du Frac. Avant‑goût avec l’artiste.

Comment est née cette exposition ?


Delphine Coindet : « Les deux commanditaires, le Fonds régional d’art contemporain (Frac) et le Département de Maine‑et‑Loire m’ont proposé de m’emparer de la collégiale Saint‑Martin. Je ne connaissais pas le lieu, mais j’ai tout de suite été enthousiaste à l’idée d’exposer dans cet édifice dont les fondations remontent à l’Antiquité. Dans un tel contexte, la question de notre relation au temps et à l’histoire s’impose immédiatement. »

Comment s’empare‑t‑on d’un lieu comme celui‑ci ?


D.C. : « En regardant, en écoutant les attentes des deux commanditaires associés : le Frac, lié à la création contemporaine, et le Département de Maine‑et‑Loire, davantage attaché ici au patrimoine historique. Ensuite, il s’agit de savoir comment je vais pouvoir travailler en répondant à ce cahier des charges : c’est très stimulant ! C’est très excitant de trouver sa ligne dans un cadre défini. »

Comment avez‑vous sélectionné quinze œuvres dans les réserves du Frac ?


D.C. : « J’ai privilégié les objets en trois dimensions comme l’annonce le titre de l’exposition : il s’agit de sculptures. J’ai cherché à mettre en évidence la diversité des formes, des matériaux et des gestes que peut convoquer cette catégorie (qui n’en est peut‑être plus une) avec un choix d'œuvres réalisées sur une période de 50 ans. Depuis la Bubble Machines de Medalla jusqu’à Trobairitz de Christian Hidakka. Pour la plupart, ces œuvres expriment l'idée de mouvement, d’actions et de passage du temps. Certaines, comme celle de Harald Klingelhöller ou de Rosemarie Trockel sont, de mon point de vue, magistrales, vu leur capacité à engager le corps physique tout en déconstruisant subtilement les rapports entre forme, image et langage. Car le jeu consiste également à reconnaître un ensemble de préoccupations qui ferait écho à ma propre recherche. Ceci dit, il a fallu sélectionner ces pièces en prenant en compte des paramètres très concrets, tels que leur disponibilité et leur praticabilité en termes d’accrochage et de présentation pour ce site, en essayant de rester à l’écoute des attentes de la part de l’équipe du Frac et de la collégiale. À la fin, c’est toujours un équilibre à trouver. »

Quelles créations avez‑vous choisi de présenter ?


D.C. : « Ce sont des œuvres conçues spécialement pour l’exposition qui vont permettre de dessiner des parcours possibles dans l’espace. Des cordages colorés souligneront la hauteur du bâtiment, des assemblages joueront avec la lumière des fenêtres. J’interviendrai aussi dans les niches avec des matériaux trouvés, ainsi qu’avec une maquette reprenant les œuvres présentées en réduction. Cela proposera une vision distanciée sous une forme muséo‑graphique de l’ensemble de l’exposition. »

Votre œuvre flirte avec la sculpture, le design, l’architecture, la performance. Toutes ces disciplines sont‑elles liées ou l’une prend‑elle plus de place que les autres au fur à et mesure de votre travail ?


D. C. : « Je ne pourrais pas dire qu’un axe prend plus de place au fil du temps parce que l’enjeu reste de me laisser un éventail de possibilités, dans un champ d’actions le plus large possible. La sculpture a à voir avec tous ces champs et recoupe les questions liées à l’espace. C’est un objet très concret, très matériel, qui peut être relié au texte et à la musique. Suivant le contexte, c’est plutôt l’axe objet, l’axe performance ou l’axe littéraire qui va s’imposer dans mon travail, au‑delà des disciplines. »

Au début de votre œuvre, vous utilisiez l’ordinateur comme support premier à la création. Comment votre travail a‑t‑il évolué au fil du temps ?


D.C. : « Mon travail en tant que tel a beaucoup évolué depuis le début des années 1990. Au début, je modélisais des formes en 3D sur ordinateur, qui étaient ensuite réalisées par des artisans. La question centrale était de se demander comment l’imaginaire est convoqué autour d’une forme qui fait langage, avec l’idée que ce langage commun pouvait se recouper autour de formes schématisées. Au fil du temps, ce vocabulaire s’est complexifié. Aujourd’hui, le système intègre des matériaux et des objets trouvés. Je me suis dirigée vers un système « assemblagiste » : je suis passée d’une méthode très conceptuelle à une approche plus impulsive, qui passe par le collage et l’assemblage. Assez vite, les objets deviennent plus composites. L’aspect hybride a toujours été présent dans mes expositions mais il est devenu de plus en plus manifeste en s’enrichissant de pratique d’ateliers, d’objets trouvés, de collages très impulsifs. »

Quelle place accordez‑vous au spectateur dans votre travail ?


D.C. : « Que le spectateur soit acteur est pour moi très important. Il se déplace. Au fur et à mesure, il découvre, il est surpris, il change d’état émotif. C’est pour moi l’intérêt premier de l’état sculptural : cela demande une approche. L’objet démultiplie les points de vue sur l’espace qui nous environne. »

Delphine Coindet

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